Wed Jul 01 2026
Sony vient d'officialiser une nouvelle qui va marquer l'histoire du jeu vidéo : à partir de 2028, plus aucun nouveau jeu PlayStation ne sortira sur disque. Une décision radicale qui referme définitivement la parenthèse physique ouverte depuis la première PlayStation, et qui nous pousse, nous joueurs, à nous interroger sur notre propre rapport à la possession du jeu vidéo.
Sony vient de siffler la fin d'une époque : plus aucun jeu PlayStation sur disque à partir de 2028. Une décision que l'industrie annonçait depuis des années mais que personne n'attendait vraiment aussi tôt, et qui vient de la part de l'acteur le plus légitime pour en parler, puisque Sony a lui-même porté le disque au sommet pendant trois générations de consoles. Entre confort assumé, responsabilité collective et mémoire vidéoludique qui s'efface un peu plus, cette annonce mérite qu'on s'y arrête vraiment.
Cet article est un billet, il n'engage que son auteur et invite à la réflexion sans prétendre détenir la vérité ni parler au nom de toute une équipe.
C'est via un communiqué signé Sid Shuman, directeur senior de la communication chez Sony Interactive Entertainment, que la nouvelle est tombée ce 1er juillet 2026 : la production de disques physiques pour tous les nouveaux jeux sortant sur consoles PlayStation sera interrompue à partir de janvier 2028. Après cette date, les nouveaux jeux seront uniquement disponibles sur le PlayStation Store ou auprès de revendeurs au format numérique.
Sony justifie cette bascule par une évolution qu'elle qualifie de naturelle, expliquant que la préférence générale pour les médias numériques dépasse désormais largement celle pour les disques physiques. Un constat chiffré vient d'ailleurs appuyer cette décision : au dernier trimestre de l'exercice fiscal 2025, 85 % des ventes de jeux complets sur PS4 et PS5 se faisaient déjà en dématérialisé.
Ironie du calendrier : le jour même où Sony acte la fin du disque pour ses futurs jeux, l'entreprise annonce aussi la fermeture prochaine du PlayStation Store sur PS3 et PS Vita, prévue pour juillet 2027… Un symbole qui en dit long sur la fragilité du tout-numérique pourtant prôné le jour même: quand une boutique ferme, c'est tout un pan de ludothèque qui devient définitivement inaccessible à l'achat.

Il y a une autre ironie certaine dans cette décision. Car Sony n'est pas n'importe quel acteur du support physique : l'entreprise a co-développé le CD aux côtés de Philips au début des années 1980, avant de contribuer à l'imposer face aux cartouches dès la première PlayStation, puis la PS2 a participé à la démocratisation du DVD au début des années 2000, avant que la PS3 ne fasse triompher le Blu-ray face au HD-DVD. Trois générations de consoles, trois victoires du support défendu portées en grande partie par le constructeur japonais. Voir aujourd'hui cette même marque acter la fin du format physique n'est donc pas un simple ajustement stratégique : c'est un véritable renversement d'image pour une entreprise qui a longtemps incarné la culture du support tangible dans le jeu vidéo.

Difficile de crier au scandale sans un minimum d'honnêteté. Car cette annonce, aussi brutale soit-elle, n'est finalement que l'aboutissement d'une tendance que nous avons collectivement encouragée depuis des années. Sur PC, la dématérialisation est une réalité depuis plus d'une décennie grâce à Steam (ou à cause) entre autres, qui a habitué toute une génération de joueurs à l'achat en un clic, sans boîtier, sans disque, sans attente. Sur consoles, les stores PlayStation et Xbox n'ont fait que suivre le mouvement, portés par notre propre appétit pour l'immédiateté : pourquoi attendre l'ouverture du magasin ou la livraison d'un colis quand on peut jouer cinq minutes après l'achat ?
Cette envie de tout, tout de suite, c'est aussi un peu de notre fait. Chaque promotion dématérialisée saisie plutôt qu'un passage en boutique, chaque précommande numérique plutôt que physique, a participé à construire le monde dans lequel Sony peut aujourd'hui annoncer cette bascule sans (trop) craindre la révolte des joueurs. Et vous le savez tout aussi bien que moi, ce n'est pas les quelques vidéos de spécialistes ou influenceurs criant au scandale qui feront changer les choses, la machine est lancée… depuis bien des années, et ce n’est pas GTA VI qui me contredira… Les chiffres parlent d'eux-mêmes : nous avons, en grande majorité, déjà voté avec notre carte bancaire.
Mais reconnaître notre part de responsabilité ne doit pas nous empêcher de souligner ce qui se joue ici. Car au-delà du confort, c'est une part entière de notre mémoire collective de joueurs qui s'efface. La jaquette qu'on retournait pour lire le résumé avant même d'avoir inséré le disque. Le livret qu'on feuilletait dans la voiture au retour du magasin, quand il y en avait encore un. Le poids du boîtier sur l'étagère, la tranche qu'on reconnaissait d'un coup d'œil dans sa collection. Tout cela constitue un patrimoine tangible, une trace physique de l'histoire du jeu vidéo, bien plus qu'un simple objet de consommation.
Combien d’entre vous lors d’un vide grenier, dans un magasin d’occasion ont eu les yeux qui s'écarquillent en voyant une jaquette que vous pensiez avoir oublié, qui immédiatement vous replonge dans votre enfance… et bien ceci, nos enfants ne le connaitront pas… C'est précisément pour cette raison qu'existent des lieux comme les musées du jeu vidéo, les associations de préservation, mais également des projets d’émulation : parce que les disques, les cartouches, les manuels et les jaquettes ne sont pas de simples emballages, mais des témoins matériels d'une culture. Un jeu dématérialisé peut disparaître d'un catalogue du jour au lendemain. Un disque, une cartouche, tant qu'il existe et qu'une machine peut le lire, reste une preuve tangible qu'un jeu a existé, sous une forme précise, à un moment donné.
Cette annonce ouvre un débat que nous n'avons pas fini d'avoir : jusqu'où sommes-nous prêts à sacrifier la possession et la mémoire au profit du confort ? Le marché de l'occasion, le prêt entre amis, la revente, tout un pan de la culture du jeu vidéo risque de s'éteindre avec cette transition. Reste à savoir si Xbox et, dans une moindre mesure, Nintendo suivront le même chemin, ou si le format physique survivra ailleurs, porté par les collectionneurs et les passionnés de préservation.
Une chose est sûre : plus le tout-numérique s'impose, plus des initiatives de sauvegarde et de conservation du patrimoine vidéoludique auront un rôle essentiel à jouer. Et vous, qu'en pensez-vous ? Le confort de l'instantané vaut-il la perte de cette mémoire tangible ?
