Interview avec le Nationaal Videogame Museum des Pays-Bas : "Ici, on ne regarde pas l'histoire du jeu vidéo, on y joue"

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Fri Jul 17 2026

Interview avec le Nationaal Videogame Museum des Pays-Bas : "Ici, on ne regarde pas l'histoire du jeu vidéo, on y joue"

C'est une histoire d'amitié qui a débuté il y a maintenant quelques années. Lors de la campagne participative du RGB JAMMA, nous avons été contactés par le Nationaal Videogame Museum des Pays-Bas, qui a participé au financement afin d'équiper leurs bornes JAMMA. Il y a quelques semaines, c'est via la campagne de financement du Recalbox JVS que le musée est revenu vers nous afin de nous commander une dizaine de cartes. Ce soutien aux projets de Recalbox a forcément créé des liens, avec une passion commune que vous aurez du mal à deviner… le jeu vidéo et le rétrogaming !

« Nous pensons que les jeux doivent être vécus, et non simplement exposés derrière une vitre. »

Que le musée ait choisi du matériel Recalbox est un véritable honneur, car on parle là d'un véritable musée, reconnu et qui est aujourd'hui une institution. Sa mission de préservation est de premier ordre : le musée ne se contente pas d'exposer le matériel derrière une vitre, il le rend accessible, jouable éducatif.

Partager cette passion, faire revivre nos vieux souvenirs de joueurs, faire découvrir ce qu'était le jeu vidéo aux nouvelles générations : tant de similitudes nous ont réunis autour d'une interview avec Hasan Tasdemir, alias Psykick, le directeur du musée. Au programme : le musée, le jeu vidéo et sa préservation. C'est parti !

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Hasan Tasdemir aka Psykick @Paco-van-Leeuwen-Photography

Hello Hasan, tout d’abord merci pour le temps que tu nous accordes pour cette interview. Commençons simplement : pourrez tu présenter brièvement le musée à nos lecteurs, comme tu le ferais à des amis lors d'une soirée ?

Je leur dirais : imaginez un endroit où vous ne vous contentez pas de regarder l'histoire du jeu vidéo. Vous y jouez réellement. C'est ce qui nous différencie vraiment. Le National Videogame Museum est un lieu où l'histoire du jeu vidéo prend vie. Les visiteurs peuvent découvrir l'évolution du jeu vidéo, depuis les premières bornes d'arcade et les premiers ordinateurs personnels jusqu'aux consoles modernes et à la réalité virtuelle. Nous pensons que les jeux doivent être vécus, et non simplement exposés derrière une vitre.

Pour moi, le jeu vidéo a toujours été une question d'expériences et de souvenirs. J'ai grandi avec les premières consoles de salon, mais c'est l'arcade qui a véritablement captivé mon imagination. L'ambiance, la compétition, les sons et les bornes elles-mêmes m'ont profondément marqué. Cette passion ne m'a jamais quitté, et aujourd'hui j'ai le privilège de la partager avec tous ceux qui franchissent nos portes.

Que vous ayez 8 ou 80 ans, il y a de fortes chances que vous y trouviez quelque chose qui vous rappelle pourquoi les jeux sont devenus une part si importante de notre culture.

Pour nous donner une idée, combien de machines possédez-vous au musée (consoles et bornes d'arcade) ? Et au-delà de l'aspect muséal, y a-t-il également une dimension éducative ? Associative ?

Nous avons plusieurs centaines de machines jouables au musée, notamment des bornes d'arcade, des consoles, des consoles portables et des ordinateurs personnels. La collection continue de s'agrandir chaque année, et tout ce que nous possédons n'est pas exposé en permanence. Mais nous sommes bien plus qu'une simple exposition.

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@Caroline_de_Winter

L'éducation est l'une de nos missions principales. Nous expliquons comment les jeux ont évolué sur les plans technologique, artistique et culturel. Des écoles nous rendent régulièrement visite, et nous utilisons les jeux pour parler de programmation, de game design, de narration et de créativité numérique. Il existe également une forte dimension communautaire. Collectionneurs, bénévoles, techniciens, artistes et passionnés y contribuent tous. Le musée existe parce que des personnes sont passionnées par la préservation de cette histoire, ensemble.

Comment passe-t-on du statut de collectionneur dans son garage à celui de directeur d'un musée de renommée nationale comme le vôtre ?

Je pense que tout commence par la curiosité.

Comme beaucoup de collectionneurs, je ne voulais tout simplement pas voir disparaître des éléments importants de l'histoire du jeu vidéo. Une machine est devenue dix, dix sont devenues cinquante, et finalement on se rend compte que l'on préserve quelque chose de bien plus grand qu'une simple collection personnelle.

Pour moi, cette curiosité était alimentée par une passion de toute une vie pour les jeux vidéo, et plus particulièrement pour les jeux d'arcade. J'ai vécu l'évolution du jeu vidéo depuis les premières consoles de salon jusqu'à l'âge d'or de l'arcade. À un moment, on cesse de penser uniquement à collectionner des machines et l'on commence à réfléchir à la manière de préserver des souvenirs et de partager ces expériences avec les autres.

« Ma plus grande responsabilité n'est pas d'ajouter une borne supplémentaire à la collection. C'est de faire en sorte que les générations futures puissent comprendre pourquoi ces machines ont compté. »

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Le passage de collectionneur à directeur de musée ne consiste pas vraiment à posséder davantage de machines. Il s'agit plutôt d'un changement d'état d'esprit. Au lieu de se demander : « Qu'ai-je envie de collectionner ? », on commence à se demander : « Comment puis-je partager cette histoire avec tout le monde ? »

Aujourd'hui, ma plus grande responsabilité n'est pas d'ajouter une borne supplémentaire à la collection. C'est de faire en sorte que les générations futures puissent comprendre pourquoi ces machines ont compté.

Comment restaurez-vous et entretenez-vous les machines ?

Avec beaucoup de patience ! Le matériel d'arcade a été conçu pour résister à une utilisation intensive dans les salles de jeux, mais après trente ou quarante ans, pratiquement chaque composant finit par nécessiter une intervention.

« Un musée comme le nôtre ressemble presque à un hôpital pour bornes d'arcade. »

Nous restaurons les bornes de la manière la plus authentique possible. Cela signifie réparer les moniteurs CRT d'origine, reconstruire les alimentations, remplacer les commandes usées, réparer les PCB et trouver des pièces d'origine dès que nous le pouvons. La maintenance préventive est tout aussi importante. Chaque machine est utilisée chaque jour par des centaines de visiteurs ; nous les inspectons, les nettoyons et les réparons donc en permanence. Un musée comme le nôtre ressemble presque à un hôpital pour bornes d'arcade.

En parlant de maintenance et de restauration, parlons du prochain matériel de Recalbox, le JVS. Vous faites partie des soutiens du projet et avez commandé une dizaine d'unités JVS. Quelle place occupe le standard JVS dans votre collection ?

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Le JVS représente un chapitre important de l'histoire de l'arcade. À mesure que les fabricants ont dépassé le standard JAMMA, le JVS est devenu la norme pour une nouvelle génération de matériel d'arcade provenant d'entreprises comme Sega, Namco et Taito. Ces systèmes restent extrêmement populaires auprès des visiteurs, mais leur maintenance n'est pas toujours simple.

C'est pourquoi des projets comme Recalbox JVS sont si enthousiasmants. Ils ne remplacent pas le matériel d'origine. Ils contribuent à maintenir le matériel d'origine en vie. Pour un musée, la fiabilité est essentielle. Lorsqu'une machine est hors service, les visiteurs perdent l'occasion de la découvrir. Nous sommes heureux de soutenir des solutions développées par des personnes qui comprennent réellement les enjeux de la préservation.

Vous avez également participé à la campagne de financement du RGB JAMMA. Pouvez-vous nous raconter comment vous avez découvert Recalbox et comment cette collaboration a commencé ?

Nous avons découvert Recalbox par l'intermédiaire de la communauté du retrogaming, et plus particulièrement grâce à un ami proche qui a joué un rôle déterminant dans notre aventure depuis le tout début. Il faisait également partie des personnes ayant participé à la création du National Videogame Museum et a joué un rôle clé dans la communauté qui l'a précédé : NeTaXe.

« Recalbox développe des solutions qui respectent le matériel d'origine et soutiennent véritablement la préservation, ce qui correspond parfaitement à notre propre mission. »

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Ce qui nous a impressionnés, ce n'étaient pas seulement les produits eux-mêmes, mais aussi la philosophie derrière. Recalbox développe des solutions qui respectent le matériel d'origine et soutiennent véritablement la préservation, ce qui correspond parfaitement à notre propre mission.

Le projet RGB JAMMA a immédiatement retenu notre attention, car il répondait à de véritables défis auxquels sont confrontés chaque jour les musées, les collectionneurs et les passionnés d'arcade. Collaborer avec des personnes qui partagent la même passion pour la préservation de l'histoire du jeu vidéo nous a semblé être une démarche tout à fait naturelle.

Comment vois-tu l'état de la préservation du jeu vidéo en Europe aujourd'hui ? On parle de plus en plus de dématérialisation et de disparition du matériel d'origine. Quel est ton point de vue ?

Je pense que la prise de conscience a énormément progressé au cours de la dernière décennie. Les gens reconnaissent de plus en plus que les jeux vidéo méritent les mêmes efforts de préservation que les films, les livres ou la musique. En même temps, la distribution numérique crée de nouveaux défis. Les supports physiques disparaissent. Les services en ligne ferment. Les jeux dépendent de serveurs qui pourraient ne plus exister dans dix ans. C'est précisément pour cette raison que la préservation du matériel d'origine reste si importante.

L'émulation est un outil essentiel, mais elle ne raconte pas toute l'histoire. Les manettes, les écrans CRT, les illustrations des bornes et l'expérience physique font tous partie de notre patrimoine vidéoludique. Dans l'idéal, préserver signifie maintenir en vie à la fois le logiciel et son contexte d'origine.

Au moment où nous réalisons cette interview, nous apprenons que Sony mettra fin au support des supports physiques sur PlayStation en 2028. Souhaites-tu réagir à cette annonce ?

C'est compréhensible d'un point de vue économique. La distribution numérique est moins coûteuse, plus efficace et reflète la manière dont de nombreuses personnes achètent déjà leurs jeux aujourd'hui.

« Les jeux physiques ne sont pas de simples supports de stockage. Ce sont des objets historiques. »

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Mais en tant que personne chargée de préserver l'histoire du jeu vidéo, je vois aussi l'autre côté de la médaille. Les jeux physiques ne sont pas de simples supports de stockage. Ce sont des objets historiques. La boîte, le manuel, les illustrations et même le disque lui-même racontent une partie de l'histoire. Les jeux numériques méritent eux aussi d'être préservés, mais ils dépendent souvent de serveurs, de licences et d'écosystèmes en ligne qui ne seront peut-être plus là pour toujours.

C'est pourquoi les musées et les initiatives de préservation ne feront que gagner en importance dans les années à venir. Si les supports physiques disparaissent progressivement, nous avons une responsabilité encore plus grande : faire en sorte que les générations futures puissent toujours découvrir d'où vient le jeu vidéo.

Au musée, comment faites-vous pour attirer de nouveaux visiteurs et séduire les plus jeunes ? Comment rendez-vous une passion parfois de niche plus accessible au grand public ?

Ce qui est formidable, c'est que les jeux parlent déjà un langage universel. Les jeunes visiteurs ne connaissent peut-être pas Pac-Man ou Space Invaders, mais dès qu'ils y jouent, ils comprennent immédiatement pourquoi ce sont des classiques.

Nous évitons également de présenter l'histoire du jeu vidéo comme quelque chose de poussiéreux ou de purement nostalgique. À la place, nous racontons une histoire. Vous pouvez littéralement parcourir plusieurs décennies d'innovations et découvrir comment une génération de jeux a inspiré la suivante. Les familles sont particulièrement importantes pour nous. C'est merveilleux de voir des grands-parents, des parents et des enfants jouer ensemble. Soudain, l'histoire du jeu vidéo devient quelque chose que l'on partage, plutôt que quelque chose d'ancien.

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@Caroline_de_Winter

Le musée traverse une importante phase de transformation, notamment avec un récent déménagement. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet et sur l'avenir du musée ?

Ce déménagement représente un nouveau chapitre passionnant pour nous. Chaque fois qu'un musée change de lieu, c'est l'occasion de tout repenser : l'expérience des visiteurs, les expositions, l'accessibilité et la manière dont nous racontons notre histoire.

Notre ambition n'est pas simplement de devenir plus grand, mais de devenir meilleur. Nous voulons préserver davantage de jeux, créer des expositions plus riches, accueillir davantage d'écoles et renforcer notre position parmi les principaux musées interactifs européens consacrés à l'histoire du jeu vidéo. Notre mission, elle, reste exactement la même : préserver le patrimoine vidéoludique en permettant aux visiteurs de le vivre de première main.

Passons maintenant à quelque chose de plus personnel : quelle est ta machine préférée ? Disons ta borne d'arcade favorite et ta console favorite ?

C'est toujours la question la plus difficile !

L'arcade a toujours été ma plus grande passion. J'ai grandi pendant l'âge d'or du jeu vidéo, j'ai donc eu la chance de connaître les premières consoles de salon ainsi que l'incroyable ambiance des salles d'arcade. Ces deux univers ont façonné mon amour du jeu vidéo, mais si je devais choisir, l'arcade occuperait toujours une place toute particulière dans mon cœur.

Mon jeu d'arcade préféré est Virtua Striker 2. Il est facile à prendre en main, incroyablement compétitif et rassemble les gens d'une manière que seuls les grands jeux d'arcade savent faire. Chaque partie est source d'excitation, que l'on joue contre des amis ou contre de parfaits inconnus.

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@Caroline_de_Winter

Côté consoles, je choisirais la Sega Dreamcast. Elle a parfaitement fait le lien entre le jeu à la maison et l'arcade. Elle offrait des expériences dignes de l'arcade à domicile et a introduit de nombreuses idées innovantes qui étaient en avance sur leur temps. Pour moi, elle représente l'un des chapitres les plus passionnants de l'histoire du jeu vidéo. Bien sûr, si vous me reposez la question demain, je vous donnerai peut-être une autre réponse. C'est toute la beauté du jeu vidéo.

Pour terminer, si tu avais une demande à adresser à digitalLumberjack (ndlr : le papa de Recalbox) concernant un nouveau matériel, une nouvelle fonctionnalité, ou les deux, quelle serait-elle ?

J'aimerais beaucoup voir davantage d'outils dédiés à la préservation des systèmes d'arcade les plus complexes.

Des systèmes comme les Sega Hikaru, Chihiro et Triforce deviennent de plus en plus difficiles à entretenir, alors qu'ils représentent une part essentielle de l'histoire de l'arcade. Il en va de même pour les grandes bornes de course équipées de retour de force, de systèmes de mouvement et de commandes spécialisées. Ces machines offrent des expériences impossibles à reproduire ailleurs, et les maintenir en état de fonctionnement représente un véritable défi.

La préservation ne consiste pas seulement à sauvegarder les jeux. Elle consiste à faire en sorte que les gens puissent continuer à les découvrir tels qu'ils avaient été conçus à l'origine.

Merci pour cette interview, merci pour votre collaboration avec Recalbox, pour la confiance que vous accordez à nos projets et, surtout, merci pour ce musée qui défend fièrement la préservation du patrimoine vidéoludique et nous inspire chaque jour.

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Merci ! Cela nous touche énormément. Nous avons la chance de faire partie d'une communauté remplie de passionnés qui tiennent profondément à la préservation de l'histoire du jeu vidéo. Des projets comme Recalbox montrent que l'innovation et la préservation peuvent aller de pair.

Au final, nous poursuivons tous le même objectif : faire en sorte que les jeux qui ont marqué des générations continuent d'être jouables, compris et inspirants pour les générations à venir. Merci de contribuer, vous aussi, à faire vivre cette histoire.


Voilà ! Merci d'avoir lu jusqu'au bout cette interview, il y a ces moments ou vous jouez seul dans votre salon, et il y a ces moments ou vous rencontrez des gens comme Psykick et son équipe, et vous vous rendez compte que quand on parle, et quand on pratique le rétrogaming nous sommes loin d’être seuls dans notre salon et que c'est toute une communauté qui agit dans l'ombre pour nous faire revivre ces moment là.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le Nationaal Videogame Museum rendez-vous sur leur site, et si vous êtes de passage aux Pays-Bas vous savez ce qu’il vous reste à faire ;)

Merci à Eric (NeTaXe), Hasan (Psykick) et digitalLumberjack pour la facilité des échanges.

Crédit photos : Caroline_de_Winter, Nationaal Videogame Museum, Paco-van-Leeuwen-Photography

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